« Il te restera toujours tes rêves pour ré-inventer le monde que l’on t’a confisqué. » Mohamed Moulessehoul / Yasmina Khadra

L’interview de la présidente

L’interview de  Laurence Nguyen, présidente de l’Association Neirie, par Caroline de Charon

Caroline de Charon : les grandes lignes de ton parcours ?
Laurence Nguyen : Assez classique au début…puis moins classique : classe prépa à Paris, puis l’IEP Strasbourg où j’envisageais une carrière en marketing/communication dans un gros groupe médias. Pourtant, après mon diplôme, j’ai fait un stage en audiovisuel où je ne connaissais presque rien, mais les choses se sont bien passées, j’ai eu la chance de croiser des gens bien qui m’ont formée, et je suis restée ! J’ai finalement travaillé 7 ans dans la prod et la post-prod.
Plus tard, à un moment où je montais ma propre exposition photo, une autre rencontre m’a emmenée vers l’Art Contemporain et l’événementiel. Puis, en 2009, je suis partie 6 mois seule en Asie, encore un projet de longue date. C’est là que j’ai fait ma première visite dans un orphelinat, à Ashaniwas (à  Delhi). Nouveau bouleversement. Au retour, je suis passée en free-lance, j’ai monté (avec ma sœur) une structure de production d’évènementiels et de films adossée à un département consulting en communication. Tout s’est mis progressivement en place, avec un peu de chance et surtout beaucoup de travail ! Aujourd’hui je lance  enfin l’Association Neirie, j’en suis vraiment heureuse.

C. de Charon : comment ce projet – l’Association Neirie – s’articule-t-il avec tes autres projets/métiers ?
L.N. : Le projet Neirie avait déjà germé dans mon esprit bien avant mon voyage. En fait, cela fait partie d’un système “philosophique” que je mûris depuis très longtemps. Les actions que je mène, mes engagements, correspondent à cette vision du monde et entrent dans une mécanique où tout est interdépendant.
Le consulting me permet de répondre aux « règles du jeu » du monde : gagner de l’argent, avoir un métier, payer mes impôts… Mais une partie de l’argent est réinvestie dans la production de projets auxquels je crois : soutien et lancement de jeunes talents, projets culturels divers, et bien sûr l’Association Neirie. Là encore, tout est lié puisque l’association elle-même va me permettre de découvrir de jeunes talents, le “business model” étant principalement basé sur de l’évènementiel culturel. Je voulais aussi tester mon « système philosophique »,  voir si la manière de vivre que j’avais en tête, pouvait se concrétiser. Faites ce que je dis, parce que je le fais, c’est plus porteur que faites ce que je dis, mais que je ne fais pas ! Bref, tout cela est très cohérent…

C. de Charon : quel regard portes-tu sur le monde ? Es-tu plutôt rêveuse, lucide, optimiste, désespérée ?
L.N.: Un peu tout cela, mais pas désespérée. Cynique, réaliste, absurde, oui, mais juste ce qu’il faut. Je n’ai aucune ambition de changer le monde, et encore moins de changer les hommes. Je suis assez convaincue de l’égoïsme naturel de chacun, mais je crois que l’on peut capitaliser sur ces égoïsmes pour les transformer en actions sinon positives, du moins constructives. Et puis, à l’inverse, je pense aussi qu’il y a du bon en chacun de nous, et je préfère miser sur cette partie-là ! Je ne crois pas qu’on puisse changer le monde, mais le réinventer oui…

C. de Charon : “Neirie” : une personne ? un concept ? une philosophie ?
L.N.: Longue histoire ! Ce nom vient d’abord d’« Oneiri » mon “monde” photographique, un néologisme à consonance asiatique dérivé d’ « onirique ». Et puis un jour j’ai lancé mon blog « Les sphères de Neirie » qui devait être l’autre volet d’Oneiri… C’est ainsi devenu progressivement une identité, un concept, une philosophie… A prendre aussi au second degré (voir “le neiriïsme” via Facebook dans “your religion”).  Quand je suis allée au Japon, en 2009, les Japonais avaient du mal à prononcer Laurence, je suis devenue Neirie. Certains ne me connaissent même que sous ce prénom-là. Je m’y suis fait !

C. de Charon : Pourquoi avoir choisi l’enfance / les orphelinats comme point d’action ?
L.N.: D’abord parce que je pense que l’on néglige trop l’importance de l’éducation dans les structures fondamentales d’une société.  Si l’on veut « réinventer » autre chose, il faut aller à la source.  Et puis parce que l’enfance est créative, parce que cela me parle, et parce que comme les enfants  j’ai aussi beaucoup l’amour en stock aussi ;) .

C. de Charon : Comment vois-tu l’association dans 5 ans, 10 ans ?
L.N.: J’espère que  les choses auront bien évolué, mais il est difficile de prédire l’avenir… Quand on embarque sur un navire, on peut connaitre la destination rêvée, mais on ne sait pas de quoi va s’agrémenter le voyage, ni combien de temps il va durer exactement  ! Plus sérieusement, j’aimerais que dans 5 ans un certain nombre d’orphelinats soient “labellisés” Neirie, que le réseau se soit densifié et fonctionne, que l’on ait fait des apports concrets, qu’il y ait beaucoup de bénévoles et pleins d’artistes partenaires… Bref, j’aimerais que mon plan de navigation n’ait pas trop mal fonctionné !

credit photo : ©Victoire Rambert